La crampe de l'écrivain de l'adulte

On l’appelle aussi dystonie* fonctionnelle de la main.

Comment différencier la vraie « crampe de l’écrivain » de la  gêne ou de la douleur qui apparaissent exclusivement lors de l’écriture de très longs devoirs, le plus souvent lors des examens ?

La vraie crampe de l’écrivain survient parfois au bout d’une seule phrase voire de quelques mots. Elle rend l’écriture carrément impossible alors même que la douleur ne se manifeste pas forcément. Elle provoque  des clonies** : les muscles des doigts, de la main, du poignet, de l’avant-bras voire du bras se contractent de façon involontaire, les doigts se crispent sur le crayon et ne « répondent plus  » au message du cerveau. Parfois on observe des tracés tremblés dès les premiers mots.

Voici une vidéo sur la crampe de l’écrivain réalisée à la Fondation ophtalmo Rothschild, unité James Parkinson où l' on découvre le travail de  Monsieur Bleton, kinésithérapeute spécialisé  auteur d'un des rares ouvrages sur la question .

https://www.youtube.com/watch?v=SLDa_oKYN5g

Par ailleurs, Monsieur Bleton  a fait une intervention particulièrement appréciée lors de ma formation de rééducatrice en écriture dispensée par l’association 5 E :

 

Cela arrive à tout âge et dans diverses situations  mais surtout :

-          aux étudiants qui se remettent à écrire beaucoup pour les examens alors qu’ils ont pris des notes de cours sur ordinateur ou tablette.

-          aux professionnels amenés à sur-utiliser l’écriture comme les enseignants, les comptables ou même les médecins.

Parfois, il arrive qu’un choc psychologique soit retrouvé comme déclencheur.

Qu’il y ait eu ou non choc au départ, les conséquences psychologiques sont toujours importantes et le « crampeux » entre dans un cercle vicieux : penser « Je ne suis plus capable de réaliser un geste considéré comme basique,  que même les jeunes enfants savent faire mieux que moi » entraîne un stress, une anxiété donc une crispation et des difficultés à écrire de plus en plus importantes. Tout cela peut être véritablement destructeur.

J’ai eu l’occasion de rééduquer déjà plusieurs « crampistes ». A chaque fois, l’écoute et l’empathie ont fait partie de la rééducation tant la part psychologique est importante. Les mots « honte », « nul », « régression » reviennent souvent dans les échanges avec ces adultes souffrant de crampe de l’écrivain.

Pour Marcelle *** 58 ans, c’est à la suite d’une remarque faite par sa supérieure hiérarchique que la crampe accompagnée de tracés tremblés a commencé. Faire bouger ses doigts, changer de posture, de tenue de crayon, apprendre à simplifier le geste, prendre confiance en sa propre capacité à en sortir ont permis à Marcelle des progrès étonnants et lui ont redonné la possibilité et le goût d’écrire, elle qui avait une belle écriture presque calligraphique avant ce « blocage ».

A la première séance au bout de deux longues minutes  d'efforts, ce sont les seuls mots (31 lettres) qu'elle ait réussi à écrire ...

avec une tenue de crayon "acrobatique" ....

Après deux séances seulement, la tenue de crayon a changé :

Et au bout de 6 séances, même si quelques tremblements sont encore visibles :

Lors d'une de nos dernières séances, Marcelle a dit une chose très forte qui a été  vraiment mon bonheur du jour "J'avais tellement honte de mon écriture, de moi tout simplement. La honte est destructrice. Grâce à vous, je me suis reconstruite"

Pour Bérénice ***, 28 ans, étudiante c’est aussi un choc psychologique qui a été l’évènement déclencheur, alors qu’elle avait 17 ans. Depuis elle avait été suivie en neurologie, subi des injections de toxine botulique, efficaces dans un premier temps mais dont les effets s’estompaient de plus en plus rapidement jusqu’à la dernière en août 2015 qui n’avait pratiquement plus eu aucun effet positif.

Elle s’était même entendu dire par un neurologue que son cas était « incurable » ce qui avait achevé de la détruire psychologiquement.

En début de rééducation, lors du test d’écriture, elle s’était arrêtée au bout de quelques mots en proie à une crampe accompagnée de douleurs irradiant jusqu’à la nuque et dans le dos.

Elle raconte son parcours ici en page 2 du livre d'or : www.reapprendre-ecriture.fr/livre-dor/

Aujourd’hui, à sa cinquième séance, Bérénice a retrouvé le sourire : elle prend ses notes à la main (cela lui permet de les mémoriser bien plus facilement que les notes prises à l’ordinateur), ne ressent pratiquement plus aucune douleur. Pour cette littéraire, retrouver le plaisir d’écrire, d’acheter des stylos (Elle adore utiliser les stylos, en essayer des différents …) a tout changé. Elle est plus épanouie et cela se voit au premier coup d’œil : son visage, son sourire sont plus lumineux. Cela procure à la rééducatrice en écriture que je suis une grande satisfaction professionnelle et un immense plaisir.

*La dystonie désigne un trouble neurologique moteur responsable d'anomalies du tonus des muscles. Elle se présente sous la forme de contractions musculaires involontaires et de durée longue engendrant parfois des postures anormales. Le corps, ou une partie du corps, peut se contracter de façon anormale lors d'un mouvement et adopter une position qui n'est pas naturelle. Une fois les symptômes observés, la répétition des contractions touche généralement les mêmes muscles et les postures sont identiques. Ce symptôme peut survenir en l'absence de maladie identifiée, ou être secondaire à un accident neurologique comme un accident vasculaire cérébral.

** clonie : Secousse musculaire brève et involontaire, entrainant un déplacement brusque de la partie intéressée du corps

*** Les prénoms ont été changés.